Vendredi 9 juin 2006
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14:05
Les Français ont les boules. Les vraies. Les grosses. Une sorte d'angine rouge qui ne veut pas passer et qui empêche de déglutir. Les causes de cette gêne qui devient à force un handicap? Les médecins consultés répondent comme à leur habitude qu'il s'agit d'un virus, mot/maux fort opportun pour cacher qu'ils n'en savent rien soit car ils n'ont pas suivi consciencieusement les cours de médecine générale à la Faculté de médecine, soit car il y a tant de causes que leur simple énoncé prendrait des jours entiers.
La prescription pour soigner le mal? Rester coucher, prendre une aspirine et attendre que ça passe. En France, cela fait 25 ans que les citoyens attendent. Et depuis quelques temps, ils n'en peuvent plus. Avant la réforme de l'assurance maladie, bien entendu les Français ont multiplié les consultations auprès d'autres individus se disant professionnels de la santé. Plus proches des rebouteux que des médecins, ceux-ci leur ont administré à peu près tout ce qui était possible et imaginable: du coup de fouet par adjonction de vitamines publiques au-début des années 1980, à la mode récente des anticorps qui "permettent de protéger notre santé", tout y est passé. En réalité, d'une part s'il y a eu parfois des rémissions, celles-ci n'ont jamais conduit jusqu'à des guérisons; d'autre part, ce ne sont pas des pilules, mais plutôt des suppositoires à la taille parfois fort conséquente qui ont été imposés. Récemment, des patients du Poitou Charentes, ont été invités à aller sur le site internet d'un de ces faux médecins pour suggérer les médicaments que cet usurpateur doit leur administrer ... modernité de la démarche ou incompétence du pseudo spécialiste? ou tout simplement bel effet marketing pour faire parler de soi...?
Quoi qu'il en soit, aujourd'hui, c'est l'overdose. Dehors les médecins d'opérette, finis les remèdes miracles même pas dotés d'effet placebo. De toute façon, il est temps de mettre un terme à cette surconsommation médicamenteuse, étant donné le trou abyssal de la Sécu (plus de 10 milliards d'euros pour 2006).
La question est de savoir si, bourrés d'antidépresseurs, les Français ne sont pas proches de commettre l'irréparable et de se suicider collectivement en mai 2007. A côté le spectacle des suicides collectifs forcés des membres de la secte du Temple solaire paraîtra bien insignifiant... C'est dire! Par deux reprises en 2002 et 2005, une partie des Français ont été candidats au suicide, en croyant de faux médecins cachant leur médiocrité par le fait qu'ils n'ont jamais exercé. Dans le 1er cas, le soutien des Français encore à peu près bien portants a constitué un utile soutien pour permettre à leurs concitoyens les plus malades et désespérés de redresser la tête. En 2005, la portion des candidats au suicide a encore grandie, dépassant le nombre de personnes encore à peu près saines d'esprit. En 2007, le risque est de se retrouver avec une poignée d'hommes et de femmes perdus au milieu d'un cimetierre ayant la taille d'un pays. Epitaphe à graver sur chaune des 30 millions de tombes: "Mon voisin m'a tuer".
Tout cela n'est-il qu'un pur fantasme? Une contribution de plus à la thèse du déclin français? J'espère vivement que tel est le cas, mais les sondages off sur l'état de l'opinion française sont loin d'être rassurants. Les extrêmes de droite comme de gauche savent en ce moment rester bien silencieux, regardant les trois grands partis républicains s'entretenir entre eux du meilleur remède à apporter aux Français. La discussion est déchaînée, chacun y va de sa proposition. Le ton est docte. Les patients dans la salle d'à côté écoutent, mais s'inquiètent, ne comprenant pas vraiment ce trilogue d' "experts" et puis il y a le souvenir des gros suppositoires... Les extrêmes quant à eux sont là, assis dans la salle avec les patients, feignant d'écouter sagement ces derniers bien heureux d'avoir des oreilles pour écouter leurs petits problèmes. Et les extrêmes, comme tout dirigeant de secte qui se respecte, instillent savamment les éléments néfastes des nouvelles techniques chirurgicales qu'ils entendent mettre en oeuvre: des coupes à tout va! La situation sera-t-elle mieux après, une fois la tête coupée? difficile à dire. Tous ceux ayant subi l'opération ne sont jamais revenus se plaindre. Et puis, pensent les patients, cela serait peut être un mal nécessaire pour un bien hypothétique. L'avantage d'une coupe nette est que contrairement aux suppos, elle ne laisse pas de souvenirs!
J'arrête là. Mes articulations me font souffrir. Il me faut à tout prix de l'aspirine.
Alors peut-être à bientôt pour des propositions concernant une méthodologie permettant de définir des remèdes (dont la recette ne saurait être fournie par mes soins: même en imagination, je ne suis pas médecin!)
Carl de Mandelfier